Place du théâtre, Rihour ou République... Chaque week-end, des fans de tecktonik se retrouvent dans le centre de Lille pour se déhancher au son de musiques électroniques.
La tecktonik, véritable phénomène de mode, est une danse, mais aussi une culture qui a ses propres
codes
vestimentaires.
PHÉNOMÈNE
Tecktonik, une danse épileptique
Des centaines de
jeunes se rassemblent les samedis à Lille pour danser la
Tecktonik.
Cette danse, et toute la mode vestimentaire autour, a conquis
la rue et les cours de récré.
Il est 15 heures. Comme tous les samedis depuis
début juillet, des centaines de jeunes sont
rassemblés sur les marches de l’opéra de Lille.
Pas pour prendre cette forteresse culturelle mais juste avec
l’intention de danser sur le parvis. Les garçons
portent des Van’s à damiers (chaussures de campeurs
relookées), des jean’s slim (moulants), la crête
prolongée par une petite queue piquant sur la nuque, genre
le footballeur Tony Vairelles à sa grande époque.
Quant aux filles, elles sont aussi fluo, bariolées,
piercées.
Leur objectif : danser la Tecktonik. Soit opérer de
grands moulinets avec les bras et marquer des pas plus ou moins
« sauteurs ». Cette chorégraphie
s’épanouit sur de la musique techno pas très
fine, appelée hard-tech, voire de l’électro. Du
« boum boum » très rapide et
d’autres sons un peu plus raffinés (Justice, David
Guetta ou Daft Punk).
Via
Internet
Les jeunes secouent
bras et jambes sur de la musique électronique depuis son
apparition, au début des années 80. Mais la
Tecktonik, née il y a sept ans en France et en Belgique,
formalise ces gesticulations épileptiques. Elle a
émergé dans une boîte de banlieue parisienne et
s’est propagé comme une hola via Internet. C’est
une danse. Avec ses pas, ses codes, ses stars. Et c’est aussi
une marque déposée, que l’on retrouve notamment
sur les habits des adeptes.
Yohan, organisateur des après-midis « dance
generation » lillois, donne des cours dans son ancien
lycée. La plupart des jeunes que nous avons
rencontrés – de 10 à 23 ans – font des
démonstrations dans leur cour de
récréation.
Mais surtout,
à défaut d’être née dans la rue
comme le hip-hop, la Tecktonik l’a prise d’assaut. Il y
a des rassemblements dans toute la France. Samedi, on n’a pas
atteint les 1 500 personnes, comme le 22 septembre, mais
ça grouillait de « djeun’s ».
Comme Stacy et Kelly, la quinzaine. Même tenue pour ces
jumelles : pull à capuche fluo, chaussettes rose fluo
jusqu’aux genoux, de grandes étoiles aux
oreilles.
Elles avaient une team – une équipe –,
qui n’a vécu que deux semaines.
Car le truc, c’est d’avoir une team, de trois,
quatre, ou plus, et de danser ensemble. Dans la place samedi
à Lille : la Tknl, la Vodka Teck, la Hot teck…
Souvent, les danseurs se filment et postent leur vidéo sur
leurs blogs ou sur Youtube et Dailymotion.
Il est important pour eux d’être vus et
reconnus. Ils ne revendiquent rien, ne sont ni de droite ni de
gauche. Ce sont en majorité des « p’tits
blancs » des classes populaires, moyennes, ou
bourgeoises. D’ailleurs mal vus de leurs
congénères des quartiers.
Des
Ennemis
Samedi, les
« Teckeurs » ont migré par deux fois
pour semer la « Wazemmes star », entendez les
danseurs de hip-hop. Ils se sont finalement posés dans
l’amphithéâtre place de la République
avec leur sono bricolée – un autoradio relié
à un boomer. Les deux clans se sont gentiment
échauffés, avant de s’affronter dans la danse,
en face-à-face.
« Les breakers (hip-hop) nous reprochent de leur avoir
volé leurs mouvements. Et c’est vrai que la Tecktonik
emprunte à plusieurs danses, plusieurs styles. Mais en ce
moment, les médias ne parlent que de nous, alors ça
crée des jalousies, explique Yohan.
À Paris, suite à des
bagarres, les rassemblements de rue ont été
interdits. Nous, on cherche une salle. On veut danser entre
nous. » La Tecktonik va-t-elle mourir en quittant
la rue ? Rien n’est moins sûr car cette danse est
aussi un mouvement, avec ses valeurs : amusement,
célébrité éphémère,
paraître… Tout à fait celles de la
société de consommation. Le hic, c’est que
celle-ci crée des modes. Par définition
passagères. •

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